La réalité augmentée sur le web, aussi appelée WebAR, a longtemps été perçue comme une promesse séduisante mais complexe à mettre en œuvre. Pas besoin d’application à télécharger, un simple navigateur suffit. Sur le papier, c’est idéal pour la communication, la formation ou le marketing. Dans la pratique, cela reposait souvent sur des plateformes propriétaires, payantes et centralisées.
En mars 2026, un acteur majeur du secteur a changé les règles du jeu. Niantic Spatial a annoncé que sa plateforme de création WebAR 8th Wall devenait gratuite et open source. En parallèle, l’entreprise a fermé ses services hébergés, incluant les connexions utilisateurs, l’éditeur cloud et le XR Studio accessible via le web.
Derrière cette décision technique se cache un virage stratégique profond. Et pour les entreprises qui s’intéressent aux technologies immersives, les implications sont loin d’être anodines.
8th Wall : de plateforme propriétaire à projet open source
Avant ce changement, 8th Wall était un service payant permettant de créer des expériences XR basées sur le web, compatibles avec smartphones, ordinateurs et casques XR. Concrètement, cela permettait par exemple de lancer une expérience de réalité augmentée directement depuis un QR code, sans passer par un store d’applications.
Niantic avait acquis 8th Wall en 2022, qualifiant l’opération de "plus grande acquisition à ce jour". L’objectif était clair : renforcer son écosystème de développeurs autour de sa plateforme Lightship ARDK. 8th Wall avait alors été intégré à la stack développeur de Niantic, tout en restant un produit autonome.
Mais le contexte a évolué. Niantic a vendu sa division jeux pour 3,85 milliards de dollars au développeur mobile Scopely, propriété saoudienne. Cette transaction incluait des titres emblématiques comme Pokémon GO, Pikmin Bloom et Monster Hunter Now. À la suite de cette cession, Niantic Spatial est devenu un spin-off indépendant, recentré sur l’IA géospatiale et les technologies XR.
C’est dans ce cadre que 8th Wall a entamé sa transition vers l’open source.
Ce qui change concrètement : licence MIT et fin du cloud
La transition s’est faite par étapes.
En janvier, l’équipe a publié le Distributed Engine Binary, incluant le SLAM, c’est-à-dire la localisation et cartographie simultanées, sous licence binaire utilisable à des fins commerciales et non commerciales. Cependant, certaines fonctionnalités clés n’étaient pas incluses, comme le VPS, les Maps ou le Hand Tracking.
Désormais, le framework moteur de 8th Wall est disponible en open source sous licence MIT. Cette licence est connue pour sa grande souplesse. Elle autorise la modification, la redistribution et l’usage commercial du code.
Attention toutefois : la version open source ne comprend pas le SLAM. Elle fournit en revanche l’architecture centrale et plusieurs modules AR majeurs :
- Face Effects, pour appliquer des effets sur le visage en temps réel
- Image Targets, pour déclencher des contenus à partir d’images reconnues
- Sky Effects, pour modifier l’environnement visuel, par exemple le ciel
En parallèle, Niantic a officiellement fermé les services hébergés
- plus de connexions utilisateurs
- plus d’éditeur cloud
- arrêt du XR Studio en ligne
Autrement dit, 8th Wall passe d’un modèle "plateforme clé en main" à un modèle "boîte à outils ouverte". Les équipes annoncent que d’autres éléments, comme la documentation, des outils desktop et des composants runtime, seront publiés dans les semaines à venir, dans une logique communautaire.
Pourquoi l’open source change la donne pour les entreprises
Pour un public non technique, cela peut sembler abstrait. En réalité, c’est un changement structurel.
Avant, utiliser 8th Wall signifiait dépendre d’une plateforme cloud centralisée. Si le service évoluait, augmentait ses tarifs ou fermait certaines fonctionnalités, les utilisateurs devaient suivre.
Avec l’open source
- le code est accessible
- les équipes peuvent l’adapter à leurs besoins
- l’usage commercial est autorisé sous licence MIT
- la communauté peut contribuer aux évolutions
C’est comparable à la différence entre louer un bureau dans un centre d’affaires et posséder son propre local. La première option est simple, mais dépendante. La seconde demande plus d’implication, mais offre davantage de contrôle.
Pour les entreprises qui investissent dans des expériences immersives à long terme, cette question de maîtrise technologique devient stratégique.
Quels impacts pour les usages métiers ?
La WebAR n’est pas réservée au marketing grand public. Elle touche de nombreux secteurs.
Formation industrielle :
Une entreprise peut proposer un module de formation accessible via navigateur, où un technicien visualise en réalité augmentée les étapes de maintenance d’une machine. Avec un moteur open source, l’équipe IT peut intégrer précisément les règles internes de sécurité ou connecter l’expérience à un système existant.
Tourisme et patrimoine :
Un site culturel peut déclencher des contenus en AR à partir d’images cibles placées dans l’environnement. Les Image Targets de 8th Wall permettent ce type de scénario. L’open source facilite l’hébergement sur des infrastructures locales, ce qui peut être un critère important pour des collectivités.
Commerce et événementiel :
Les Face Effects et Sky Effects peuvent être utilisés pour créer des animations interactives lors d’un salon ou d’un lancement produit, accessibles directement depuis le smartphone des visiteurs.
Santé et sensibilisation :
Des campagnes de prévention peuvent intégrer des expériences immersives légères, consultables sans installation. Dans certains contextes hospitaliers, la maîtrise des données et de l’infrastructure est essentielle. Un framework open source peut alors rassurer les DSI.
Bien sûr, l’absence de certains modules comme le SLAM en open source limite certains usages avancés. Mais la publication du cœur architectural ouvre la porte à des développements spécifiques.
Un signal fort dans l’écosystème XR
Le mouvement de Niantic Spatial intervient dans un contexte de recomposition du secteur. Après la vente de sa division jeux à Scopely, l’entreprise se repositionne sur l’IA géospatiale et les technologies XR.
Transformer 8th Wall en projet communautaire open source peut être vu comme une manière de stimuler l’innovation externe, tout en réduisant les coûts liés à l’exploitation de services cloud.
Dans le monde du logiciel, l’open source a souvent joué un rôle d’accélérateur. Il permet de mutualiser les efforts et d’élargir la base d’utilisateurs. Reste à voir si la communauté XR s’appropriera réellement le projet et contribuera activement.
De la technologie à l’expérience terrain : l’exemple Cooperl
Au-delà des frameworks et des licences, la vraie question pour une entreprise reste la suivante : comment transformer ces briques technologiques en expérience utile et pilotable sur le terrain ?
C’est précisément là que des solutions comme easystory360 prennent tout leur sens.
Chez Cooperl, explorations360 a déployé « La Bulle », une salle immersive interactive permettant de piloter et scénariser des contenus immersifs via tablette, pour des parcours et démonstrations au sein du site. Le système de pilotage tablette associé à easystory360 permet d’adapter le scénario en temps réel selon le public, qu’il s’agisse de partenaires, de collaborateurs ou de visiteurs institutionnels.
Comme le résume Franck Porcher, Directeur Environnement chez Cooperl : « Vous avez réalisé mon rêve : réussir à traduire exactement ce que nous avions en tête. »
Ce type de déploiement illustre un point essentiel. Les moteurs WebAR, qu’ils soient propriétaires ou open source, ne sont qu’une couche technologique. Ce qui crée de la valeur business, c’est la capacité à concevoir un parcours immersif cohérent, scénarisé, mesurable et aligné avec des objectifs concrets.
Dans un contexte où des plateformes comme 8th Wall évoluent vers plus d’ouverture, les entreprises ont tout intérêt à s’appuyer sur des partenaires capables de transformer ces briques techniques en dispositifs opérationnels, adaptés à leurs enjeux de formation, de transformation ou de communication.
Et maintenant ?
Le passage de 8th Wall à l’open source marque un tournant symbolique pour la WebAR. Il pose des questions sur la dépendance aux plateformes, la souveraineté technologique et la place des communautés dans l’innovation XR.
Pour les organisations, le message est clair : les technologies immersives deviennent plus accessibles et modulables. Reste à décider comment les intégrer intelligemment dans une stratégie globale.
La WebAR n’est plus seulement un gadget marketing. Elle devient une infrastructure possible, flexible et adaptable. À condition d’en faire un véritable outil métier.
#OpenSource, #WebAR, #RéalitéAugmentée, #InnovationTechnologique, #XR, #MITLicense
Cet article fait partie de notre veille technologique Veille360, une sélection d'actualités sur les technologies immersives.

